Champion du Monde 2018
HUGO
LLORIS
Gardien du temple
GARDIEN

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », le gardien des Bleus en est un témoignage. Auteur d’une saison moyenne (voire moyenne moins) avec Tottenham et remis en cause par nombre d’observateurs – mais jamais par le sélectionneur –, le capitaine français est revenu à son meilleur niveau au bon moment : dès l’entame de la compétition.

Le Niçois a abordé la phase de groupes comme une mise en jambes. Et il s’est illustré dès le premier match face à l’Australie, évitant un contre son camp de Tolisso qui filait dans les cages. Rebelote contre le Pérou, avec un arrêt du pied face à Guerrero, le capitaine de la Blanquirroja, qu’il avait soutenu dans son combat pour disputer le Mondial.

S’il aura répondu présent face à l’Argentine – ce que l’on oublie dans la mesure où il a également encaissé trois buts –, il aura fallu attendre le quart de finale contre l’Uruguay pour voir le capitaine des Bleus s’établir parmi les meilleurs gardiens du tournoi. Juste après l’ouverture de la marque par la France, Lloris se détend et arrête à l’horizontale une tête surpuissante de Caceres. Depuis, le capitaine français a offert un but en finale, ce qui ne l’a pas empêché de soulever en premier le trophée de la Coupe du monde.

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Un parallélisme avec la pelouse et la transversale à nulle autre pareille.

LES MOINS

Il a recraché la libellule s’étant égarée dans sa bouche lors d’Uruguay – France, et perdu à jamais l’occasion de rejoindre les Avengers en tant que Dragonflyman.

BENJAMIN
PAVARD
Tuche de balle
DÉFENSEUR

Il y a un an, Benjamin Pavard évoluait anonymement en deuxième division allemande. Aujourd’hui, il est non seulement devenu un titulaire indiscutable au poste de latéral droit, mais aussi presque un totem pour cette équipe de France. L’histoire retiendra sa frappe lumineuse pour égaliser contre l’Argentine en huitièmes de finale, le seul moment où la France a été menée pendant la compétition. Cela a fait de lui le premier défenseur français à marquer en Coupe du monde depuis Lilian Thuram en 1998.

Mais le Mondial de Pavard ne s’est pas résumé à cet exploit. Solide défensivement, très utile dans les phases offensives en complément de Mbappé sur la droite, l’ancien Lillois a répondu présent à chaque rencontre, que ce soit contre des attaquants uruguayens qui frappaient plus ses protège-tibias que la balle ou face aux dribbles incessants d’Eden Hazard. L’ascension des Bleus jusqu’à l’Olympe du football aura aussi été celle de Pavard. A 22 ans et 12 sélections, il n’a jamais perdu le moindre match avec la France. Et consécration ultime, c’est un des rares joueurs qui a sa propre chanson.

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Une « frappe de bâtard » face à l’Argentine et son invincibilité. Si Pavard joue tous les matchs jusqu’en 2026, la France aura quatre étoiles.

LES MOINS

Pas trop de sens de l’humour par rapport à son surnom, « Jeff Tuche ».

SAMUEL
UMTITI
Le demi-Thuram
DÉFENSEUR

Plus qu’aucun autre, le défenseur a symbolisé la montée en puissance de l’équipe de France en Russie. Dès le premier match, le Barcelonais a posé son empreinte sur la compétition. Au sens propre : d’une parfaite montée au filet bras tendu, il rendait hommage à ses homologues du volley et offrait un penalty à l’Australie. Un geste que l’ancien Lyonnais sera le premier à tourner en dérision, reflet d’un premier tour marqué par quelques signes de fébrilité.

Et puis la machine s’est mise en route. A mesure que le système bricolé en plein tournoi par Deschamps se solidifiait, son arrière-garde se montrait aussi infranchissable dans sa moitié de terrain que redoutable aux avant-postes. Après l’ouverture du score de son binôme, Varane, en quarts contre l’Uruguay, Umtiti a inscrit l’unique but de la victoire contre la Belgique, au tour suivant. Poursuivant la légende des improbables sauveurs des Bleus dans les grandes compétitions (Domergue à l’Euro 1984, Thuram au Mondial 1998).

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Le Barcelonais a prouvé qu’il valait mieux que le rôle de lieutenant qui lui est souvent attaché, en sélection (avec Varane) comme en club (en soutien de Piqué).

LES MOINS

Plus consistant en phase finale, Umtiti aura parfois fait montre de nervosité et d’inattention, dans la lignée de sa deuxième partie de saison avec Barcelone.

RAPHAËL
VARANE
Le futur Ballon d’or
DÉFENSEUR

On l’avait quitté coupable en 2014, sur le but de Matts Hummels qui avait coûté la qualification aux Bleus. Quatre ans plus tard, Raphaël Varane semble plus fort qu’il ne l’a jamais été. Solide, puissant, serein, le défenseur central français est l’un des joueurs les plus fiables de l’équipe de Didier Deschamps.

Le Madrilène s’est même illustré de l’autre côté du terrain en inscrivant le premier but contre l’Uruguay, en quarts de finale. Absent de l’Euro 2016, à cause d’une blessure de dernière minute le défenseur central du Real Madrid tenait vraiment à être présent cette fois-ci, comme il l’expliquait à 20 Minutes : « Je n’avais pas pu être présent à l’Euro, je voulais vraiment revenir sur une grande compétition, prêt physiquement. Je me sens bien et en plus là je suis décisif. Ce sont toutes ces petites choses qui me font dire que je vis un bon moment. »

Une Coupe du monde complète qui poussent certains à se demander si après un nouveau titre européen en club, il ne mériterait pas de remporter le Ballon d’or. Le dernier défenseur à avoir été distingué était un certain Fabio Cannavaro à l’issue de la Coupe du monde 2006.

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Il est devenu le onzième joueur à remporter Ligue des champions et Coupe du monde la même année. Pile de quoi monter une équipe.

LES MOINS

A part un Euro, on ne voit pas trop ce qui manque encore à son palmarès. Peut-être serait-il temps de recommencer la partie en mode « difficile ».

LUCAS
HERNANDEZ
Le premier des « onze chiens »
DÉFENSEUR

« Le temps passe et passe et passe, et beaucoup de choses ont changé. » A l’heure de dresser le bilan du Mondial du latéral de l’Atlético, qu’il semble loin le temps où Lucas Hernandez hésitait entre la Roja et les Bleus. Et où, à en croire le très sérieux Marca, son cœur penchait plus pour le sud des Pyrénées que le nord de cette frontière naturelle.

Né à Marseille, mais élevé au pays de Federico García Lorca (ce qui s’entend quand il prend la parole), le défenseur de l’Atlético a finalement été appelé par Deschamps peu avant le Mondial. Et son déroulement ne doit pas lui faire regretter son choix.

A la faveur de la blessure de Mendy, Hernandez s’est imposé comme l’un des hommes-clés de l’équipe de France. Un « guerrier » aux prestations de haut vol devenu symbole du nouvel état d’esprit des Bleus. « Lucas, c’est un joueur qui ne frappe pas à la porte, mais qui l’ouvre carrément », dit de lui son entraîneur à Madrid, Diego Simeone. Didier Deschamps peut désormais confirmer.

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Sa punchline à propos de Messi : « On a déjà éliminé le meilleur joueur du monde en huitièmes, et il n’a pas touché un ballon. »

LES MOINS

Même après avoir fait la fête avec le président de la République, il continue de « penser en espagnol ».

N’GOLO
KANTÉ
Un héros très discret
MILIEU

« Avec N’Golo au top, tu as 95 % de chances de gagner le match ! » Quand celui qui sort cette statistique hasardeuse est l’un des joueurs du Mondial, et qu’il s’apprête avec ses Diables rouges à affronter la France de son coéquipier à Chelsea, on a tendance à croire Eden Hazard. Et il ne s’y est pas trompé : depuis le premier match du Mondial russe, le format de poche de l’entrejeu des Bleus règne sur la compétition.

Une domination à la N’Golo Kanté : partout, tout le temps, mais sans se faire trop remarquer. Aux côtés de son acolyte Paul Pogba – qui pense qu’il a « quinze poumons » – le petit milieu bleu a formé l’un des meilleurs duos de la Coupe du monde. Et ni Messi, ni Hazard, ni Modric, à un degré moindre, ne sont parvenus à contourner le très discret ancien pensionnaire de Caen à la hargne inconmensurable.

« Ce Kanté, il courait tellement que j’ai pensé qu’il avait un sac rempli de batteries caché dans son short », ironisait son entraîneur à Leicester, Claudio Ranieri. Vu ce qu’il a montré à la Coupe du monde 2018, on ne serait pas surpris outre mesure si N’Golo Kanté, après avoir répété n’avoir « que deux poumons, comme tout le monde », révélait être équipé de panneaux solaires.

LES MOINS

Vu que cette pile n’a pas de côté moins mais est fort serviable, il est passé à côté de sa finale et a rapidement été remplacé.

BLAISE
MATUIDI
Vu à la télé, il a dansé sa choré
MILIEU

Plus de Sissoko, plus de Cabaye, mais Blaise Matuidi, lui, est toujours un maillon essentiel du système Deschamps. Le milieu de la Juventus Turin n’est certes pas le joueur le plus soyeux de la sélection française mais ses performances ont fini par convaincre jusqu’aux plus sceptiques. Le sélectionneur français a essayé de s’en priver lors de la première rencontre, avant de le retitulariser dès le match suivant.

Privé du quart de finale contre l’Uruguay pour une contestation et un deuxième carton en trois matchs, il est revenu en pleine forme contre la Belgique, pour limiter autant que possible les apports de Chadli et de De Bruyne. Et a tenu son rôle en finale face aux techniques joueurs du milieu croates. Deux ans après les larmes à l’issue de la finale perdue, Blaisou a retrouvé le sourire. Et on n’est pas près de le voir arrêter de zouker en compagnie de Benjamin Mendy et de Presnel Kimpembe.

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Des poses improbables qui continuent de faire le bonheur des supporteurs français.

LES MOINS

Bon courage à son retour à Turin pour expliquer qu’il est bien champion du monde. Dans ce pays pas qualifié pour la Coupe du monde, on a davantage parlé de l’arrivée de Cristiano Ronaldo que du parcours des Bleus.

PAUL
POGBA
Accélérateur de particules
MILIEU

Pogba réclamait avant le Mondial d’être le patron de cette équipe de France, à la fois leader moral et dépositaire du jeu. Didier Deschamps a préféré donner ce titre, et l’entrejeu, à Antoine Griezmann, et le milieu de terrain de Manchester United s’est résolu à se fondre dans le collectif et le système tactique du sélectionneur. Le résultat était probant pour lui, et idéal pour l’équipe. Aux côtés d’un Kanté qui ratissait autant de ballons que deux joueurs réunis, Pogba était plus libre, étouffant les relances adverses, accélérant le jeu quand il le fallait, remontant la balle à grandes enjambées et trouvant la faille sur un coup de génie quand le reste de l’équipe sombrait dans l’immobilisme, à l’image de ses buts contre l’Australie et contre la Croatie en finale.

Le principal reproche fait à Pogba est de parfois disparaître pendant des séquences entières, d’être un peu trop suffisant. Le joueur de 25 ans répond à ces critiques avec des tacles et des stats : sur toute la compétition, il a été le joueur qui a gagné le plus de duels sur la compétition (58), dont 14 dans le seul match contre l’Uruguay, ce qu’aucun Bleu n’avait jamais fait dans un Mondial. Et a parachevé son œuvre en finale, en inscrivant un but.

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L’ex-joueur le plus cher de l’histoire a prouvé qu’il savait se fondre dans le collectif quand le collectif lui laissait l’espace pour s’exprimer.

LES MOINS

La Pogbance.

ANTOINE
GRIEZMANN
Le cœur du jeu
ATTAQUANT

Comment enchaîner un Euro dans lequel on termine joueur du tournoi et meilleur buteur et un Mondial pour lequel on été désigné « leader technique » de son équipe ? Avec une mini-télé-réalité sur les réseaux sociaux pour annoncer que, finalement, on reste dans son club. Et ensuite, on monte en puissance. Sorti d’une saison à 64 matchs et d’une victoire en Ligue Europa, Griezmann commence la Coupe du monde en deçà physiquement. Il est systématiquement remplacé en milieu de seconde mi-temps jusqu’au quart contre l’Uruguay, reconnaissant lui-même qu’il a « eu un niveau moyen de la compétition » jusque-là. Le déclic physique après dans ce match. Désormais, il est « au top ».

Placé derrière Olivier Giroud dans un 4-2-3-1 asymétrique, Griezmann assure plusieurs rôles entre les lignes adverses : meneur qui descend chercher le ballon et récupérateur qui assure les transmissions, créateur et gêneur pour la relance adverse. Quitte à brouiller la perception de son travail et essuyer des critiques ne le trouvant pas assez brillant dans une tâche et donc forcément médiocre dans toutes. Quand la poussière sera retombée, ses stats (4 buts, 2 passes décisives) et sa hargne défensive, tout droit importée de l’Atlético Madrid, rappelleront qu’il a été déterminant.

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L’école Simeone inculque la gagne et la hargne, et Griezmann est le vecteur de cet enseignement chez les Bleus.

LES MOINS

Faire une « Decision » en s’inspirant de LeBron James, mais sans le palmarès ou l’aura de LeBron James.

KYLIAN
MBAPPÉ
Benjamin Button
ATTAQUANT

Celui qui exècre entendre parler d’âge, à commencer par le sien, a fait une exception après le huitième conte l’Argentine. Difficile d’envoyer paître quiconque vous compare à l’un des plus illustres sportifs, même à soixante ans d’intervalle. Contre la bande de Leo Messi, Mbappé est devenu le plus jeune joueur (19 ans) à inscrire un doublé en phase finale d’une Coupe du monde depuis Pelé, en 1958. Avant d’inscrire un but en finale, aussi comme Pelé. Une comparaison loin de perturber l’attaquant du PSG, principale arme offensive (quatre buts) d’une équipe qui aura plus brillé par sa solidarité et son autorité à l’arrière.

Star en France, où des records de précocité battus à la pelle et un transfert vertigineux à l’été 2017 en ont fait l’une des têtes de gondole du championnat, le Parisien s’est définitivement posé en grand nom du foot mondial à l’occasion de la campagne russe. Ni le rafraîchissement avec les médias en début de compétition ni les tâches plus ingrates confiées par le sélectionneur à son benjamin ne l’ont empêché de multiplier les grandes chevauchées et de donner le tournis à ses vis-à-vis. Parfois jusqu’à l’agacement. Les Belges n’ont retenu de sa demi-finale que les dix petites secondes d’espiègleries pour gagner du temps. On mettra ça sur le compte de l’âge.

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L’attaquant ne subira plus les parallèles avec la génération 98.

LES MOINS

Le Parisien est bon pour quinze ans de questions insipides sur le Ballon d’or.

OLIVIER
GIROUD
Sans buts et sans reproches
ATTAQUANT

Peut-on être buteur et réussir sa Coupe du monde sans inscrire le moindre but ? Olivier Giroud en est la preuve vivante. Symbole, pour certains, des limites des Bleus, l’attaquant de Chelsea s’est transformé, lors de la compétition, en l’incarnation de l’état d’esprit français. Celui d’une équipe n’hésitant pas à « aller au charbon » en défense, quitte à être moins efficace sur le front de l’attaque.

De Giroud, son sélectionneur ne dit que du bien, vantant sa « générosité importante » et les bénéfices que tirent ses compères de l’attaque de son imposante présence. Apprécié de tous – « le groupe vit bien », on vous dit– l’un des rares trentenaires du groupe est le complément idéal de Mbappé et Griezmann, qui profitent de ses points de fixation pour embrasser l’espace. Bien sûr, un seul but vous manque, et tout semble dépeuplé, mais à l’heure de broder une seconde étoile sur la tunique bleue, Olivier Giroud n’en aura cure. Quitte à entendre jusqu’à son dernier souffle les comparaisons avec Stéphane Guivarc’h, l’attaquant bleu ne laisserait sa place pour rien au monde.

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Même sans avoir marqué lors de ce Mondial, Giroud est le quatrième meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France. A égalité avec un certain Zidane.

LES MOINS

Les comparaisons avec Stéphane Guivarc’h sont reparties de plus belles.

CORENTIN
TOLISSO
Le finisseur
MILIEU

Au sortir des matchs de préparation d’avant Mondial, il comptait parmi les trois révélations capables de bousculer la hiérarchie tricolore, en compagnie de Pavard et Hernandez. Titularisé contre l’Australie pour l’entrée en lice des Bleus, le Munichois a fait les frais d’une prestation générale brouillonne et du changement tactique décidé par le sélectionneur.

Première victime du retour de Matuidi dans le onze de départ, Tolisso a profité de la suspension du Turinois en huitièmes de finale pour commencer la partie, contre l’Uruguay. Pour le reste de la compétition, l’ancien Lyonnais est passé maître dans l’art de solidifier l’entrejeu et sécuriser des fins de matchs au score étriqué. Voire plus ? Le natif de Tarare (Rhône) aurait pu doubler la mise en demi-finales contre la Belgique – et ouvrir son compteur personnel en sélection – sans un grand Courtois dans les cages.

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Le joueur formé à Lyon a définitivement passé un cap lors de sa première année à Munich, où il devra assumer un rôle croissant au cours des prochaines saisons.

LES MOINS

Le milieu devra se sublimer pour retrouver une place dans le onze de départ tricolore.

STEVEN
NZONZI
La sentinelle inconnue
MILIEU

C’était la seule surprise de la liste de Didier Deschamps. Un joueur discret, métronome à Séville, qui pouvait alors remercier les états d’âme d’Adrien Rabiot, guère enclin à évoluer à un poste qu’il n’avait pas choisi. Deux mois ont passé depuis et les observateurs ont oublié le Parisien. Nzonzi, en revanche, a réalisé une compétition intéressante, dans un rôle de remplaçant qu’il a endossé avec le calme qui le caractérise.

Titulaire – et l’un des rares Bleus à son niveau – lors du dernier match de groupes face au Danemark, et entré à plusieurs reprises colmater les brèches en fin de matchs (notamment en finale pour un Kanté à bout de souffle), celui qui est annoncé avec insistance en Angleterre a réalisé, à 28 ans, son rêve d’enfant.

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Quand il entre en jeu, les portes se ferment, et la France l’emporte. Gardien de nuit de l’escouade bleue.

LES MOINS

Au sortir du Mondial, le grand public se demande encore qui est ce joueur.

NABIL
FEKIR
Super-remplaçant
ATTAQUANT

Trente secondes par-ci, une demi-heure par-là, Nabil Fekir aura été le joker préféré de Didier Deschamps au cours de cette compétition. Tel un Sidney Govou domenechien, le Lyonnais, jamais titulaire, a fait une apparition lors de cinq (six) des sept matchs des Français : pas de but ni de passe décisive, mais à chaque fois une grosse volonté qui ont poussé plusieurs personnes à se demander s’il ne fallait pas le titulariser en l’absence de Blaise Matuidi, suspendu pour le quart de finale. C’est finalement son ancien coéquipier Corentin Tolisso, qui lui a été préféré.

On retiendra également, un magnifique petit pont sur Lemar à l’entraînement. Si avec ça il ne prend pas 10 millions sur le marché des transferts, on n’y connaît rien.

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Après avoir chambré les supporteurs stéphanois lors du derby en novembre dernier, le Lyonnais a désormais leur soutien. Comme quoi, une Coupe du monde est capable de rassembler un pays.

LES MOINS

Après un faux départ vers Liverpool avant la Coupe du monde, Fekir pourrait bien finalement rejoindre les Reds. Ce n’est pas mal en termes de suspense, mais on compte sur Antoine Griezmann pour lui montrer comment faire ça correctement la prochaine fois.

OUSMANE
DEMBÉLÉ
Manageur en herbe
ATTAQUANT

Pendant de Kylian Mbappé dans la jeunesse, le talent et les sommes folles que sont prêts à mettre les plus grands clubs du monde pour se les attacher, Dembélé n’a pas passé le même Mondial que le prodige du PSG. Titulaire face à l’Australie, « Dembouz » n’a pas convaincu Didier Deschamps, et a rendu sa place à Olivier Giroud pour le reste de la compétition. Pis, le Barcelonais a vu Florian Thauvin le précéder comme solution de rechange face à l’Argentine.

Mais loin de se plaindre de son statut de remplaçant, celui qui a été blessé longuement au cours de la saison a endossé ce rôle. Et est devenu, grâce aux vidéos de promotions de la FFF, l’ambassadeur officieux du Winchester FC, club de septième division anglaise qu’il a choisi de faire monter sur Football Manager. Vers une possible reconversion ?

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Il a 21 ans, l’avenir devant lui, et un titre de champion du monde.

LES MOINS

Le « meilleur jeune du monde » (selon Mbappé) n’a pas démontré son statut lors du Mondial.

PRESNEL
KIMPEMBE
Premier homme-enceinte
DÉFENSEUR

La Coupe du monde de Kimpembe s’est davantage passée sur les réseaux sociaux que sur les pelouses russes. Le défenseur du PSG n’a joué que 90 minutes lors du 0-0 contre le Danemark en phase de groupes, et ce n’est clairement pas ce match qui restera dans son histoire internationale avec les Bleus. Ce seront davantage ses vidéos, postées sur son Instagram ou sur le compte Twitter officiel des Bleus.

Le jeune défenseur du PSG est sur le banc pendant presque tous les matchs, mais en coulisses, c’est l’ambianceur en chef. Enceinte Bluetooth à la main, il danse et fait danser ses coéquipiers sur du rap, du R’n’B ou des sons congolais.

Une sélection qui part à la conquête d’une Coupe du monde est une machine bien huilée où chacun a son rôle et sa place. C’est aussi une aventure humaine, qui ne peut pas aboutir si chacun ne se sent pas concerné. Le rôle que Kimpembe s’est donné n’est pas que celui d’ambianceur. Il renvoie cette image de bonheur et bien-vivre à l’extérieur, via ses propres canaux, pour qu’on puisse voir que « le groupe vit bien » parce qu’il s’amuse, profite, chante, même s’il ne joue pas.

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Une reconversion assurée dans l’animation de soirées, séminaires, séances de team-building et comme community manager.

LES MOINS

Peu de temps de jeu, donc peu de temps pour se montrer et espérer prendre une place dans la défense du PSG.

DJIBRIL
SIDIBÉ
La droite dure
DÉFENSEUR

Il n’est de campagne victorieuse sans ses soldats esquintés, ses gueules cassées. Djibril Sidibé est de cette trempe. Touché au genou en avril sous les couleurs monégasques, le défenseur s’était lancé dans une course contre la montre – et les diagnostics les plus pessimistes du corps médical – pour être des 23. Pari tenu. Entre-temps, un petit jeune de Stuttgart a profité de ses passages aux soins pour faire son trou dans le couloir droit des Bleus.

Promis à une place de titulaire il y a quelques mois, Sidibé n’a pu que constater la montée en puissance des siens – et de Benjamin Pavard – depuis le banc. Incertain en début de Mondial, après un coup reçu lors du dernier match de préparation, face aux Etats-Unis, la question s’est même posée de son maintien dans le groupe en Russie. De quoi occasionner une certaine « frustration » : « Mais dans ce contexte-là, les états d’âme, il vaut mieux les mettre de côté et travailler. »

Plus discret dans le vestiaire que d’autres remplaçants (Kimpembe, Rami, Mendy), le latéral aura quand même participé (un peu) à la fête, contre le Danemark, dans une partie sans enjeu.

LES PLUS

Son rôle de remplaçant n’a semble-t-il pas affecté sa cote auprès de l’Atlético Madrid.

LES MOINS

Pavard sera désormais très compliqué à déloger sur le côté droit.

BENJAMIN
MENDY
Remplaçant heureux malgré lui
DÉFENSEUR

Annoncé comme titulaire indiscutable, il s’est fait chiper sa place à la dernière minute par son correspondant espagnol. Ses seules 40 minutes contre le Danemark n’auront pas vraiment marqué les esprits. Il faut dire que le latéral gauche qui revient d’une rupture des ligaments croisés a également connu des soucis musculaires pendant la compétition, ce qui l’a notamment contraint à déclarer forfait pour le huitième de finale contre l’Argentine. En revanche sa performance hors des terrains est remarquable.

Toujours présent quand il s’agit de chambrer ses petits camarades, ou quand il faut « zouker » au beau milieu de l’aéroport, Benjamin Mendy est l’un des principaux responsables de la bonne ambiance qui semble régner au sein du groupe français.

LES PLUS

Sa réconciliation avec Jean-Michel Aulas nous prouve qu’aucune relation n’est vraiment irréparable.

LES MOINS

On regrettera pour lui sa blessure en début de saison, qui lui a probablement coûté une place de titulaire alors qu’il sortait d’une énorme saison à Monaco.

THOMAS
LEMAR
Hors de rotation
ATTAQUANT

La Coupe du monde de Thomas Lemar a été à l’image de sa saison avec l’AS Monaco : terne, avec la crainte d’un début de régression. Sa seule apparition a été lors du 0-0 contre le Danemark, de l’avis général un des pires matchs de la compétition. Il a été sur la pelouse pendant les 90 minutes, mais n’a pas montré autre chose qu’un tir (non cadré) et quelques accélérations dans le vide. Celui qui a marqué plus de buts chez les Bleus qu’en Ligue 1 cette saison (5 contre 2) a progressivement disparu des plans de Deschamps à mesure que la campagne russe approchait.

Titulaire pour cinq matchs sur huit entre juin 2017 et mars 2018, il n’a ensuite joué que 22 minutes en 3 matchs. Et ensuite plus du tout. Blaise Matuidi, Corentin Tolisso, Nabil Fekir, voire même Florian Thauvin, lui sont passés devant dans la rotation. Les 70 millions d’euros qu’a payés l’Atlético Madrid pour le faire venir semblent démesurés à l’aune de ces chiffres, mais Lemar possède encore un des plus beaux pieds gauches d’Europe. Et il est, malgré tout, champion du monde.

LES PLUS

Un été sans trop d’effort lui permettra de commencer la saison en feu avec son nouveau club de l’Atlético Madrid.

LES MOINS

Un été sans trop d’efforts fait craindre à ses nouveaux patrons que la dernière saison avec Monaco n’était pas une anomalie.

STEVE
MANDANDA
Le grand frère
GARDIEN

Il savait que sa Coupe du monde allait se limiter à un petit match, mais c’est déjà plus que tous les autres deuxième gardien français depuis plus de trente ans. « A 33 ans, il ne fera pas d’autre Coupe du monde. Je voulais lui offrir un match de coupe du monde », expliquait Didier Deschamps avant le dernier match de la phase de poules. Sa prestation contre le Danemark n’était pas exceptionnelle, mais elle a suffi pour assurer à son pays la première place du groupe.

En interne, le doyen de la sélection française joue le rôle du grand frère : « Je pense être respecté au sein du groupe, donc je reste moi-même sans pour autant prendre trop de place car c’est Hugo [Lloris] le capitaine. Je veille à ce que tout se passe bien au sein du groupe », détaillait-il au début de la préparation. Il faut dire que ce serait vraiment dommage que ses petits frères en viennent à déserter les terrains de jeu.

LES PLUS

Dommage qu’il se soit pas entré en finale, il avait déjà travaillé la combinaison pour offrir à Hugo Lloris le but de la victoire.

LES MOINS

A 33 ans, ce sera probablement là sa dernière colonie de vacances. On espère pour lui qu’il a pu suffisamment en profiter.

FLORIAN
THAUVIN
Doublure and « chill »
ATTAQUANT

Comme son coéquipier à l’Olympique de Marseille Adil Rami, Florian Thauvin savait à l’entame du Mondial que son rôle dans l’équipe de France, mouture 2018, serait réduit à la portion congrue. Et comme le GO (officieux) du Club France, Thauvin a embrassé son rôle de « coiffeur » avec bonheur, effaçant à jamais le jeune homme qui était, dans une autre vie, parti au clash avec Lille chez qui il venait de signer, pour rallier l’OM et ses sirènes. « Je n’oublie pas ma chance d’être à la Coupe du monde et dans le groupe des 23 », a assuré le jeune ailier des Bleus.

S’il s’est fait gentiment « troller » par Netflix, « partenaire non officiel des remplaçants de l’équipe de France en Russie », en raison du temps qu’il avait pour regarder des séries, Thauvin a eu le dernier mot. Pour récompenser le comportement « exemplaire » de son joueur, Didier Deschamps lui a « offert » cinq minutes de jeu en fin de rencontre face à l’Argentine.

LES PLUS

A accepté son rôle de doublure, loin de la lumière, et était prêt à répondre présent.

LES MOINS

Son entrée en jeu face à l’Argentine coïncide avec le retour de celle-ci aux basques des Bleus.

ADIL
RAMI
Big moustache
DÉFENSEUR

« Porte-bonheur », « ambianceur », « chambreur », « coiffeur »… tous les mots en -eur (même « footballeur ») ont été employés pour définir le rôle d’Adil Rami dans cette équipe de France. Seul joueur de champ à ne pas avoir disputé la moindre minute de la compétition, l’ancien agent municipal de Fréjus (on le saura) s’est illustré à son inénarrable façon, endossant le rôle du bon camarade, chargé de maintenir l’ambiance à flot.

« Dans un pays de 66 millions d’habitants, il y en a 23 qui ont été sélectionnés et j’en fais partie, alors je profite de ça », a-t-il expliqué lors d’un de ses shows en conférence de presse. Toujours souriant, jamais avare d’un bon mot et désormais affublé de bacchantes auréolées d’un brin de superstition (« touchez ma moustache, monseigneur »), Adil Rami a traversé la Coupe du monde en Russie comme une comète. Ce qui nous a presque fait oublier qu’il était également un sacré footballeur.

LES PLUS

Au premier rang pour célébrer les exploits de ses coéquipiers, et jamais le dernier pour sprinter les féliciter.

LES MOINS

Vu le destin doré de sa moustache, on craint un peu de voir Katerine lui dédier une chanson.

ALPHONSE
AREOLA
Le troisième larron
GARDIEN

Le troisième gardien tricolore a encaissé plus de buts que le portier panaméen. Un exploit, puisque Jaime Penedo a tout de même récupéré onze ballons dans ses filets en Russie, record du Mondial. Le joueur du PSG doit sa regrettable prouesse à la loi du nombre : au lendemain de chaque sortie des Bleus en Russie, le Parisien gardait (comme il pouvait) les cages des U19 du Spartak Moscou, face à ses compatriotes non sollicités par Didier Deschamps la veille. Après une défaite somme toute honorable (2-3), les jeunes et leur glorieux rempart ont subi les foudres des « coiffeurs » (0-11).

Durant la Coupe du monde, Alphonse Areola a connu une autre déconvenue, celle-ci autrement sérieuse : l’arrivée au PSG de Gianluigi Buffon pour les deux prochaines saisons. Si l’Italien est désormais quadragénaire, difficile de l’imaginer s’offrir une dernière pige sur le banc. Depuis Istra, nul doute que le téléphone du Français a chauffé pour se dégoter un point de chute pour la rentrée.

LES PLUS

Le (nouveau) club d’Areola récupérera un gardien chaud et parfaitement entraîné.

LES MOINS

De retour au pays, le gardien devra se mettre en quête d’un employeur, sous peine de passer du banc bleu à celui du PSG.

DIDIER
DESCHAMPS
Le parrain
ENTRAÎNEUR

Il avait eu du mal à digérer la perte de la finale de l’Euro 2016. Deux ans plus tard, Didier Deschamps a remis les choses en ordre, et devient le troisième homme à remporter la Coupe du monde à la fois comme joueur et entraîneur. Un sacre qui porte la patte de « Dédé », qui a su mobiliser son groupe et forger une équipe capable de l’emporter face à toutes les autres. Si le style des Bleus a été remis en cause à plusieurs reprises, l’inébranlable sentiment de force mentale qui s’est progressivement dégagé de l’équipe de France ressemble à son sélectionneur, qui avait choisi d’assumer ses choix tranchés. « On est parti de loin, cela n’a pas été toujours simple mais à force de travail, nous en sommes là, sur le toit du monde pour quatre ans », a déclaré l’entraîneur. Qui ne devrait pas quitter son poste de sitôt.

LES PLUS

Est parvenu à rendre Adil Rami et Steven Nzonzi champions du monde.

LES MOINS

A créé une équipe solide, mais dont le jeu peut sembler ennuyeux (selon les Belges, notamment).